Enseignement Catholique en Nouvelle-Calédonie

Les Sœurs de Saint Joseph de Cluny

En 2012, les fondations scolaires des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny restent un souvenir des plus marquants de l’enseignement des filles en Nouvelle-Calédonie. Si des témoignages évoquent une vie stricte et réglée des élèves aussi bien que des maîtresses parfois sévères, bien d’autres sont en faveur de religieuses qui les ont marquées profondément par leur bonté et leur foi.

En 1807, Anne-Marie Javouhey fonde la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph, devenue Sœurs de Saint-Joseph de Cluny en 1812[1]. En 1822, pour les Sœurs qui partent aux colonies, le ministre de l’Intérieur de Louis XVIII signe avec Mère Javouhey, une convention dited’abonnement, qui donne des avantages financiers et matériels aux sœurs par analogie avec les officiers de la marine de guerre et les aumôniers de l’Administration pénitentiaire.
Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny agiront à la fois dans les hôpitaux, les écoles et aussi à la conversion des populations.

L’œuvre scolaire

L’œuvre scolaire des Sœurs de Cluny est celle qui connaît dès le début une grande réussite. Dès 1860, à Port-de-France, les sœurs infirmières enseignent à quelques enfants de fonctionnaires et accueillent des orphelines et des fillettes abandonnées. En 1864, elles accompagnent à Nouméa puis éduquent une vingtaine de « pupilles de l’Impératrice », jeunes filles envoyées par l’Etat pour pallier la pénurie de femmes dans la colonie. En 1894, à la demande de l’Etat, elles sont chargées de l’éducation et de l’enseignement des fillettes nées de couples de libérés et ouvrent l’orphelinat de Fonwhary qu’elles quittent en 1907 lorsqu’il est confié à des laïques. En 1864, le Gouverneur Guillain confie la charge de l’école communale de Nouméa à la congrégation ; les pensionnaires, les externes et les orphelines la fréquentent. Le Gouverneur de la Richerie, en 1870, y ajoute l’externat des filles de fonctionnaires. Lorsqu’une première laïcisation est appliquée par le Gouverneur Courbet en 1880[2], le Comité des écoles libres, créé pour l’occasion, permet aux sœurs d’ouvrir trois ans plus tard l’Ecole privée qui, après deux déménagements et maints agrandissements, reste encore aujourd’hui « l’Ecole des Sœurs ».

À Païta en 1875, et à Koné en 1900, à la demande des colons, les sœurs ouvrent l’Ecole libre et l’internat. Pluriethniques, ces écoles ont un destin différent. Si la première s’achève avec les laïcisations de 1904, la seconde poursuivra sa mission durant 55 ans en faveur des filles calédoniennes (mais aussi des petits garçons jusqu’à 6 ans) et aussi des métisses japonaises recueillies après l’arrestation de leurs pères en 1941.

Au pensionnat de La Conception, de 1880 à 1932, les Calédoniennes et les Néo-Hébridaises reçoivent une forte éducation chrétienne et un enseignement raffiné. Progressivement, c’est l’institution de la place des Cocotiers à Nouméa qui va rassembler le plus grand nombre d’élèves et de religieuses, avec les mêmes préoccupations pédagogiques : musique et chants, couture et broderie, orthographe et style parfait, leçons de savoir-vivre et de morale chrétienne, rien ne manque à ces jeunes filles pour prendre place dans la meilleure société. Un collège y est inauguré en 1951.

Tout d’abord installée dans l’église désaffectée de la 2e Vallée du Tir, l’école primaire Anne-Marie Javouhey ouvre en 1961, à la demande du Père Bichon. Les locaux neufs abritent le premier cours commercial et, plus tard, les classes de certificat d’études et un CPV, « Centre de préparation à la vie » pour les filles. Aujourd’hui, s’y ajoute la maternelle du Bon Pasteur. Le cours commercial, ouvert en 1958, a été transféré à Nouméa, rue de l’Alma. C’est aujourd’hui le Lycée professionnel Saint-Joseph de Cluny, le collège étant déplacé à l’Anse Vata.

D’après de texte de Sylvette Boubin-Boyer, docteur en histoire contemporaine, paru dans l’Espérance n°10, septembre 2012



photo 1 : Sœur Gonzague, de la communauté des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, s’est éteinte le dimanche 19 août 2012, à l’âge de 101 ans.
photo 2 : Sœur Gonzague et quelques anciennes entourées des autres communautés religieuses, en août 2009, lors de la messe célébrée après la rénovation de l’église de la Conception, qui jouxte la maison de retraite des sœurs et l’école primaire.


Pour en apprendre davantage :

L’Espérance n°10, p22

Site du Diocèse :  www.ddec.nc/diocese/soeurs_cluny.htm


[1] Sources : Annales historiques de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny, Solesmes, 1890, 796 p. ; ouvrage de Geneviève Lecuir-Nemo, Anne-Marie-Javouhey, fondatrice de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny (1779-1851), Karthala mémoires d’Eglises, Paris, 2001, 427 p.

[2] Terrier Christiane, « Eglises et Etat en Nouvelle-Calédonie de 1853 à 1914 ou les raisons d’une séparation inachevée » in La Loi de 1905 et les colonies, Revue française d’histoire d’Outre-mer, Paris, deuxième semestre 2005.