Les petites filles de Marie

La congrégation « Les Petites Filles de Marie » (PFM) est fondée le 12 septembre 1875 à Saint-Louis, lors de la consécration dans l’église de la Mission des trois premières novices par Monseigneur Vitte, second vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides, et Sœur Marie de la Croix.

Celle-ci en assure la direction jusqu’en 1892. Le but de la congrégation est de fournir aux jeunes filles kanak qui désirent consacrer leur vie au service de Dieu, le moyen de se sanctifier et de travailler à l’éducation humaine et chrétienne des leurs. Leur originalité spirituelle, « Suivre Jésus, imiter Marie », montre à la fois leur abnégation et l’amour du prochain. Après dix ans de consécration, certaines font leurs vœux dans le Tiers-Ordre Régulier de Marie (ancien nom de la congrégation des Sœurs Missionnaires de la Société de Marie). Au début du XXe siècle, les PFM demandent à rester une association diocésaine. Monseigneur Chanrion leur donne un Règlement en 1913. En 1956, alors que plus d’une centaine de PFM se dévouent en Nouvelle-Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides, Monseigneur Bresson nomme une Supérieure Générale, Mère Marie Liguori, Sœur Missionnaire de la Société de Marie, assistée de deux Petites Filles de Marie. En 1962, « Les Petites Filles de Marie » est approuvée par la Propaganda Fide à Rome, puis érigée canoniquement en congrégation de droit diocésain. En 2013, Sœur Marie-Pierre, infirmière en retraite, en est la supérieure. Durant tout le XXe siècle, la principale priorité de ces religieuses reste la formation chrétienne des enfants dans les écoles catholiques où les PFM sont tout à la fois institutrices, éducatrices ou directrices. Leur action auprès des lépreux, à Bélep de 1892 à 1898, puis à Ducos et dans des établissements de soins, n’est cependant pas à oublier.

Institutrices en Brousse

D’origine modeste ou filles de chefs, très jeunes, les PFM vont constituer durant tout le XXe siècle « l’élite féminine » de la société kanak : Maria Tiand’o originaire de Lifou, Agrippina de Saint-Louis, Valentine de l’Ile des Pins, Suzanne de Maré et bien d’autres encore jusqu’à l’emblématique Sœur Caro (Caroline) des années 1980. Modestes et peu reconnues sous leur blouse et leur voile bleus, payées chichement par la Procure de l’archevêché, les sœurs assurent la conduite matérielle de leurs maisons souvent pauvres jusqu’au délabrement, ainsi que celle du prêtre, dans l’enceinte des missions catholiques. Outre une formation spirituelle intense, elles apprennent à utiliser une méthode de lecture simple (« Le chemin du bonheur » du Père Domainger) et de calcul (méthode Tonneau). Les meilleures jouent de l’harmonium mais toutes chantent « de bonnes et pieuses chansons d’école d’une musique facile mais surtout d’une bonne morale [i]».

Munies d’un bagage à la fois spirituel, intellectuel et pratique, Les Petites Filles de Marie servent dans la plupart des écoles de mission de la Nouvelle-Calédonie. Et pourtant ! En 1880, le père Montrouzier souhaitait qu’elles n’apprennent qu’à élever les volailles, porcs, vaches et chèvres et à tenir une maison propre… Contraintes qu’elles subiront néanmoins longtemps à cause du manque d’argent et de moyens. Avant ou après la classe, elles sont vachères, jardinières, cuisinières et même cueilleuses du café de la Mission avec leurs élèves. Par ailleurs, elles s’occupent également de la paroisse, elles visitent les malades, elles animent des groupes de chrétiens comme les légionnaires de Marie… Plus tard, certaines seront aussi infirmières ou sages-femmes.

Aujourd’hui, malgré le manque de vocations et le non-renouvellement des générations, leur préoccupation reste « l’instruction des enfants, surtout en primaire, l’éducation dans les internats et les foyers, les soins des malades dans les dispensaires ou à domicile, la catéchèse dans les paroisses et dans les établissements scolaires, les visites aux prisonniers, parmi d’autres œuvres sociales ».

La discrétion a toujours régné autour des Petites Filles de Marie : leur histoire reste à écrire. Mais aujourd’hui encore, les parents reconnaissent l’importance de leur rôle comme l’ont montré les témoignages émouvants d’anciens élèves lors des obsèques de Sœur Joséphine (94 ans) au cimetière de la Mission en mars 2013.

D’après le texte de Sylvette Boubin-Boyer, docteur en histoire, publié dans l’Espérance n°11, avril 2013.

Pour en savoir plus :

L’Espérance n°11, page 21

Site internet du Diocèse: http://www.ddec.nc/diocese/groupes/PFM.htm

Photo : Croix

Légende : Sœur Marie de la Croix, fondatrice de la congrégation des Petites Filles de Marie.

Photo : Congrégation

Légende : Une partie de la Congrégation après la messe d’action de grâce le 28 janvier 2006 au Thabor. Attention, cette photo vient du site internet du diocèse. Peut-être demander l’autorisation de diffusion ou marquer le crédit…

[i] M. C. de Mijolla, SMSM, et Sœur Amélia Tufalé, PFM : Une Vendéenne au bout du monde, éditions SMSM, Rome 2008, p. 169.