Les Frères Maristes

La Nouvelle-Calédonie a accueilli les Frères Maristes il y a plus de cent quatre-vingt-cinq ans. Le pays leur doit beaucoup : enseignement, éducation de la jeunesse, construction d’écoles, foi en l’avenir du pays. Rappelons-nous leur œuvre, un instant.

En 1973, il y a donc plus de trente-cinq ans, les Frères maristes fêtaient leurs cent cinquante ans de présence en Nouvelle-Calédonie. Une brochure, éditée à cette occasion, retraçait avec beaucoup de précision et d’anecdotes leur dévouement partout dans le pays. Le père Marcellin Champagnat, fondateur de l’ordre, avait envoyé, avant la fin de sa vie, une douzaine de Frères en Océanie. En 1845, le frère Bertrand et le frère Germanique arrivèrent en Nouvelle-Calédonie. Celui-ci, géomètre, délimita une bonne partie des propriétés de la Mission dont Pouebo, Touho et Kunié ; celui-là fut le second instituteur de Nouméa.

 Construire et enseigner

Le gouvernement confia l’enseignement aux Frères, qui sont ainsi à l’origine de nombreuses écoles communales de Nouméa, Païta, Canala, Bourail, Néméara et Yahoué. Ils assurèrent à Nouméa, dès 1873, la direction de l’école communale rue Mogador, transférée en 1877 sur le site de l’actuelle école Frédéric Surleau. A Païta, les Frères prirent en charge en 1875 l’école communale : elle fut intégrée au pensionnat Saint-Léon en 1883, dans les locaux de l’usine à sucre, propriété de la Mission. Ils créèrent aussi les écoles des missions de Saint-Louis, Hnathalo, Vao et Pouébo.

En 1882, le mouvement de laïcisation entraîna leur départ. Les Frères fondèrent alors plusieurs écoles privées dans la région Sud. Seule subsiste à ce jour, à Nouméa, l’école du Sacré-Cœur, fondée en 1914. Après la deuxième guerre mondiale, elle accueillait des classes secondaires, qui seront transférées à Champagnat en 1966. A Païta, les Frères quittèrent l’école communale mais Saint-Léon trouva un nouvel essor. Parallèlement, ils créèrent l’Orphelinat Sainte-Marie, avec en 1912 des classes pour les tribus de Païta, du Sud de la Grande Terre et enfin de toute la Calédonie.

 Devoir de mémoire

Une centaine de religieux ont consacré leur vie au service de la jeunesse calédonienne. Parmi les plus anciens, citons le frère Tharcisse, neveu du Père Champagnat et le frère Philo­tère, qui fit office de maire de Païta pendant plus de vingt-cinq ans. Nos « vieux » se souviennent avec nostalgie et respect de leurs ensei­gnants dévoués, qui portaient des noms anachroniques : Ethelbert, Berchmans, Vital, Dagobert, Tro­phine, Léandre, Amédée, Anatole, Jean de Matha, André Case… Sans oublier le frère Darius Valden, l’un des constructeurs du collège Sainte- Marie à Païta, en 1964. Sa personnalité a marqué le Grand chef Clément Païta, ancien élève, qui témoigne : « Le frère Darius Valden a suivi les travaux et ne craignait pas de mettre la main à la pâte, avec les jeunes de la tribu qui ont participé à la construction. » Autre figure, le frère Prudence, qui fit bâtir de 1965 à 1968 le collège Champagnat. Il apporta à la Nouvelle-Calédonie, ses compétences, acquises comme directeur de l’important collège de Beaucamps ; qui ne l’a vu sur son vélo se rendre à la Cathédrale pour y exercer son talent d’organiste, ou au volant de son baby-car, faire les courses pour la cantine ?

 Oui, l’enseignement catholique doit beaucoup à ces vies entièrement dévouées aux jeunes du pays. Quand on rencontre les anciens, on note surtout la reconnaissance pour l’éducation reçue. Il n’y avait pas beaucoup d’argent, ce qui nécessitait de faire participer les élèves aux tâches manuelles, au travail des champs… Les Frères vivaient très simplement, en partageant le quotidien des enfants et en témoignant de leur foi et de leur amour de Notre Seigneur et de Notre Dame. Le Grand chef Clément Païta se remémore sa scolarité au collège Sainte- Marie, de 1945 à 1958 : « Ils vivaient avec nous toute l’année. Nous ne rentrions chez nous qu’aux grandes vacances. Ils étaient très sévères mais je leur en suis reconnaissant. Avec leurs méthodes et peu de moyens, ils ont fait de nous des hommes responsables. Toute l’éducation était centrée sur la religion : préparation aux différentes étapes de la vie chrétienne, fidélité aux engagements pris. Les Frères étaient aussi très dévoués et disponibles, des modèles pour nous. Ils participaient à tous les évènements dans les tribus. Le conseil qui regroupait les coutumiers soutenait leur travail et organisait la collecte des produits vivriers pour nourrir les élèves. »

 D’après le texte de Marcel Guiomard, publié dans l’Espérance n°7, mai 2011.

Pour en apprendre davantage :

L’Espérance n°7, pp16 et 17

Site du diocèse: www.ddec.nc/diocese/groupes/FMS.htm

Photos :

Pastorale 2

Légende : Les Frères maristes en retraite avec le révérend père Burleau (1939-1940)

Pastorale 1

Légende : Inauguration de la statue de Marie avec les anciens élèves de l’école Sainte-Marie (vers 1940).